Tu quoque, mi fili !
摘要
Marcus Junius Brutus, qui participa au meurtre de César lors des Ides de Mars 44 av. J.-C., n’était pas le fils adoptif de ce dernier, contrairement à ce que véhicule une tradition scolaire bien établie en France. La célèbre citation latine Tu quoque, mi fili ! est elle-même truquée puisque, selon Suétone (Vie de César, 82, 3), les mots prononcés par César reconnaissant Brutus parmi les conjurés auraient été dits en grec. Déformant une rumeur rapportée par Plutarque (Vie de Brutus, 5, 2), la tradition française a en effet considéré comme le fils adoptif de César un jeune homme qui était le fils de sa maîtresse Servilia, et peut-être par conséquent son fils biologique. Dans cette version de l’histoire, l’assassinat du dictateur est dramatisé par la dimension tragique du parricide. Mais cette lecture des événements repose sur une définition anachronique du crime de parricidium (en l’occurrence, meurtre du prince et non meurtre du père) et fait contresens par rapport aux motivations que les historiens anciens prêtent à Brutus, qui tue le tyran pour se conformer à l’idéal républicain incarné par les hommes illustres de sa famille, le premier Brutus et C. Servilius Ahala, ancêtres illustres de son père légitime et de son père adoptif, et Caton d’Utique, son oncle et beau-père. César, le tyran, est au contraire celui qui confond public et privé et porte un titre controversé, celui de père de la patrie.